Du syndrome de Truman Show à la dépense gâchée

Il existe un monde dans lequel l’être humain a posé des lois et des principes physiques. Il a mis en place une façon de concevoir la science et un modèle de pensée qui va avec. Cet univers s’appelle le Champ de cohérence rationnel. Ce champ de cohérence ne supporte que la rationalité, la logique et fonctionne exclusivement sur le principe inconditionnel des repères et de la reproductibilité. Il se suffit à lui-même et n’accepte que lui-même.

Malgré cela, des personnes pensent que d’autres possibles existent en complément de la rationalité usuelle.

 

C’est là qu’apparaît le syndrome de Truman Show, trouvant son origine dans le film de même nom réalisé par Peter Weir en 1998. Ce syndrome est personnifié par Truman Burbank, un américain moyen, idéalisé, se comportant conformément au modèle sociétal attendu, heureux dans un monde idyllique, jusqu’au jour où… !

Jusqu’au jour où il décide d’aller au loin vers l’horizon. Là, il se heurte, de manière inattendue, à la limite de son univers, un mur physique qui contient et enferme sa réalité, le maintien dans un monde où tout est parfaitement défini et maîtrisé, en d’autres termes, rationalisé.

C’est cela le syndrome de Truman Show, être confronté à quelque chose d’inattendue autre que ce que la rationalité peut accepter.

 

Certains, curieux et ouvert d’esprits, comme Truman dans le film, cherchent la porte cachée dans cet horizon fictif. Mais, cette porte s’ouvrant sur d’autres mondes fait vaciller les repères avant de les faire fuir, la logique acceptée ne s’applique plus, la réalité commune s’évanouit. Quelque chose qui n’était pas connu et pensable apparaît. Ce quelque chose vient bousculer les certitudes, avant d’en comprendre toute la richesse.

 

Les autres, face à cet instant de divergence de la réalité vivent le syndrome de Truman Show. Ils sont incapables d’accepter qu’il puisse exister d’autres réalités avec des « lois » fonctionnant sur des principes différents.

 

Qu’en résulte-t-il ?

Les limites du monde de chacun se retrouvent dans le vocabulaire et la façon de faire. Plus les limites sont marquées, voire cristallisées, plus le sujet est amené à devenir agressif pour les défendre, dopé par une croyance et une certitude de tout savoir sur tout. Le sujet reste alors bloqué dans le phénomène de la dépense gâchée avec pour conséquence l’escalade d’engagement, deux concepts bien connus en psychologie sociale. Le sujet a tellement investi dans la représentation d’un monde exclusivement rationnel et aux théories qui le sous-tendent, qu’il est incapable d’accepter d’autres possibles. Il se réfugie alors derrière des lois, règles, procédures, formules, normes et obligations, qu’il met en avant comme rempart pour ne pas remettre en cause ses certitudes, oubliant que jusqu’à ce jour personne n’a pu dire de quoi est réellement constitué notre monde et ce qu’est exactement la vie. Il reste encore de nombreux mystères dont les réponses se trouvent peut-être ailleurs que dans le seul monde rationnel.

 

Bernard OLIFIRENKO
Géobiologue,
Saint-Ferréol, le 4 août 2021.

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